mardi 28 novembre
Uchimata
Voilà
longtemps, alors que je lisais un magasine spécialisé de 着物 -kimono- je
m'interrogeais sur certaines positions de pieds ... et de jambes. Voyez
par vous-même la légère torsion vers l'intérieur de la posture des
pieds ...
Les pieds en dedans appelés 'Uchimata' : une position enfantine paradoxalement considérée comme la quintessence de l'élégance féminine.
美しい キモノ -2000-
J'associais d'abord le 'uchimata' au
port du kimono, car en effet la tradition a sublimé cette posture qui
mettait en valeur le vêtement, mais cela s'avére en réalité être bien
moins anodin. Le haut du corps au Japon est censé être une
'représentation formelle':
le buste plutôt rigide, et le visage souriant qui ne trahit pas ses
émotions. Le bas du corps en contre-partie devient porteur
d'expressions : il est très intéressant d'étudier les postures, tel un
véritable
langage. D'ailleurs il existe de nombreux mots pour désigner les
postures des membres inférieurs.

Jeune maiko quittant un salon de thé à Kyoto
L'uchimata évoque une fragilité, une forme de vulnérabilité qui rend la femme japonaise 'séduisante' et 'séductrice' .
面白いですか
lundi 20 novembre
春樹村上 - Haruki Murakami
春樹 村上
Haruki Murakami
est mon auteur japonais indétrôné depuis quelques années... Il y a
tant à dire sur cet auteur, son écriture: et à lire aussi!!!!!
Son
style est pur sans être minimaliste, en fait le mot exact est
limpide...oui c'est cela limpide. Il met en écriture des personnages à
la fois intime et distants.
"Les
romans d'Haruki Murakami, dans la grande tradition de la poésie
classique japonaise, sont imprégnés par ce sentiment de la vacuité qui
naît d'une vision nostalgique" : le Mono no aware que l'on peut traduire par 'poignante mélancolie des choses'.
C'est
une expression utilisée depuis la période de Heian pour désigner par
exemple la vue des feuilles qui tombent en silence ou d'une personne
chère qui disparaît au détour d'un chemin. C'est un terme plus adapté
habituellement à la poésie traditionnelle japonaise, mais qui définit
particulièrement bien certaines émotions que Murakami nous distille, un
mot après l'autre dans cette retenue des émotions ,toute japonaise, une
retenue auréolée parfois d'un érotisme discret mais présent.
Murakami
nous distille tel un venin une douceur douloureuse, il nous fait frôler
la saveur de l'abandon et du manque cruel de l'autre... Le fait en plus
que ce soit un homme qui écrive m'avait bouleversé .... Le plus poignant est Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil ... mon préféré. Il
y met en relief la frontière entre le rêve de l'inaccessible et la
cruelle réalité du temps qui passe, entre le paraître et
l'être(récurence au Japon y compris dans sa grammaire), entre
son écriture déconcertante de facilité et la richesse enveloppante des
émotions ...
Avec Murakami, il suffit d'un souffle d'air pour
basculer dans un univers onirique où ses personnages vont puiser la
force de se lier au réel, des voies sans issues dont on revient
pourtant.
Kafka sur le rivage
vient d'être publié, c'est un récit initiatique, il y laisse libre
court à toute l'amplitude de son univers fantastique et onirique: Kafka
où les méandres du temps, le poids de l'absence, la prison de la
destinée...

Les amants du Spoutnik... "un
triangle amoureux où chaque amant est un satellite qui gravite autour
de l'orbite de la solitude, avant de basculer dans un univers
fantastique"
C'est de celui-ci dont j'ai décidé de vous faire partager un extrait.

"C'est ainsi que nous poursuivons nos existences, chacun de notre côté. Si profondément fatale que soit la perte, si essentiel que soit ce que la vie nous arrache des mains, nous sommes capables de continuer à vivre, en silence [..] Etendant la main pour tirer vers nous la quantité de temps qui nous est allouée, nous sommes capables de la laisser filer en arrière plan sans rien faire..."
samedi 18 novembre
山海塾 'Sankai Juku' - Butoh
Découvrir le 'Butoh', avec 山海塾 'Sankai Juku', la troupe de Amagatsu Ushio, qui est une familière du festival d'Avignon, et que l'on retrouve prochainement à Vaison-Danse!
Le Butoh
est un art vivant, terriblement difficile à définir, tant l'on quitte
la rationalité pour entrer dans le mouvement. Un mouvement qui
pulvérise le passé et engendre le présent. On l'appelle aussi la 'Danse des ténèbres', car elle prend forme et corps dans les tripes éparses de la deuxième guerre mondiale. Danse abstraite, métaphorique étonnante qui s'exprime dans un langage organique, et la transformation de la chair.
Assister à un performance de Butoh est un bouleversement. Quelque chose d'effrayant. Une expérience sans nul doute.
Voulez-vous ressentir 'butoh' ?
jeudi 16 novembre
いれずみ -Tatouage

Tatouage ' Irezumi ' de Yasuzo Masumura (Japon) est un film de 1966 tiré d'une nouvelle de Junichiro Tanizaki ( son 1er texte en 1910 ) une nouvelle cruelle et raffinée. 1er écrit et aussi scandale qui propulseront l'écrivain sur le devant de la scène.
C'est l'histoire d'une femme qui refuse de se soumettre à l'autorité du
père, qui veut vivre sa vie, être avec l'homme qu'elle aime même si
celui-ci est d'un rang social inférieur au sien (donc amour socialement
incorrect).
Il est interdit d'arriver en retard à la séance car la scène cruciale du tatouage est avant le générique!!!
Sans vous dévoiler toute l'histoire, elle se retrouve avec une araignée monstrueuse et sanguinaire tatouée sur le dos.... et cette araignée va prendre vie, onduler avec elle sur sa peau d'albâtre, lui prendre (ou lui révéler?) son âme ...

Outre l'indéniable esthétique de la photo, j'ai aimé la mise en scène ritualisée lourde de sens, la beauté d'Ayako Wakao, l'érotisme envoutant ....
L'araignée va lui donner le pouvoir de la transgression ...
Ici, le tatouage maudit révèle des pulsions inassouvies chez l'héroïne.
C'est probablement le dos le plus suggestif, et le plus troublant que je connaisse: absolument fantasmant!
Tatouage, un peu d'encre dans la peau, oeuvre périssable.
Tatouage...comme un secret...
秘密です



